6 février: Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines.

Nous sommes le 6 février et c’est la journée mondiale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. À l’échelle internationale, ces mutilations sont interdites et sévèrement condamnées par les droits humains. Selon l’UNICEF, en 2020, le nombre de filles et de femmes ayant subi ces actes s’élève à plus de 200 millions. Ce nombre ne prend en compte que les victimes ayant survécu. En cause, le silence médiatique qui permet à ces pratiques de perdurer. 

Les mutilations génitales féminines, qu’est-ce que c’est ? 

Les mutilations génitales féminines, aussi appelées MGF, désignent toutes formes de mutilations sur les organes génitaux féminins n’ayant aucune finalité médicale, ou l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes.  Dans le langage courant, on parle souvent d’excision mais ce terme est à la fois trop large et trop restrictif. Trop large, parce qu’une excision est, par définition, l’ablation d’un tissu biologique quel qu’il soit. Trop restrictif parce que les excisions ne représentent qu’une catégorie bien précise de mutilations sexuelles. 

Pour la grande majorité, ces mutilations s’observent chez des filles âgées de moins de 15 ans, le plus souvent des fillettes de moins de 5 ans. En effet, les mutilations génitales sont presque toujours pratiquées sur des mineur·e·s et constituent en cela une violation des droits des enfants. «Plus de 3 millions de jeunes filles par an sont menacées par ces pratiques» estime l’OMS

Des formes diverses et variées pour une multitude de termes

Il faut savoir que l’appellation de mutilation est assez récente et ne date que du siècle dernier. La première à utiliser ce terme est une missionnaire écossaise, Marion Scott Stevenson, qui travaillait dans le protectorat d’Afrique orientale, l’actuel Kenya, en 1929. Il est repris par le conseil national des Eglises au Kenya. Au cours des années 70, les références à ce type de pratiques sous le terme de mutilations se multiplient dans les travaux occidentaux. On citera notamment l’ouvrage de l’activiste austro-américaine Fran Hosken,  The Hosken Report : Genital and Sexual Mutilation of Females, publié en 1979, une œuvre majeure et retentissante dans l’histoire des MGF. Il faut cependant attendre la fin des années 1990, pour que tour à tour, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Fond des Nations Unies pour l’Enfance (l’UNICEF) et le Fond des Nations Unies pour la Population (UNFPA), adoptent définitivement le terme dans leurs déclarations. Avant cela, on parlait de «circoncision féminine», en référence à la circoncision masculine – opération qui consiste à enlever totalement ou partiellement le prépuce –  ou encore d’«initiation». 

Une des difficultés principales pour appréhender les mutilations génitales réside dans le spectre de formes diverses et variées qu’elles peuvent prendre comme le montre la multiplicité de termes locaux pour les décrire. Ces termes sont très souvent en lien direct avec l’idée de pureté ou d’hygiène, une idée prédominante dans les MGF. Bien souvent, les femmes victimes de mutilations génitales ne savent même pas quels actes elles ont subi ou si elles ont véritablement été opérées. Cela peut être dû à une prise de drogues ou de médicaments lors des opérations, à un déni face au traumatisme vécu ou encore à une minimisation des faits. Ces variations de lieux et de pratiques, ainsi que la difficulté d’en parler, rendent compliqué la classification de ces mutilations ainsi que la lutte contre de tels actes. L’OMS, l’UNICEF et l’UNFPA ont cependant publié conjointement une déclaration en 1997 définissant, regroupant et classifiant ces différents types de pratiques.

Selon l’OMS, les mutilations sexuelles se classent en 4 catégories qui peuvent se superposer les unes aux autres : 

  • Type I : la clitoridectomie, c’est-à-dire une ablation totale ou partielle du gland clitoridien (petite partie visible et externe du clitoris, organe uniquement dédié au plaisir) et/ou du prépuce/capuchon clitoridien (repli de peau qui entoure le clitoris). 

  • Type II : l’ablation totale ou partielle des petites lèvres (replis internes de la vulve), avec ou sans excision des grandes lèvres (replis cutanés externes de la vulve). 

  • Type III : l’infibulation, c’est-à-dire le rétrécissement de l’orifice vaginal par recouvrement, réalisé en sectionnant et repositionnant les petites lèvres ou les grandes lèvres, parfois par suture.

  • Type IV : toutes autres interventions néfastes sur les organes génitaux féminins sans finalités médicales, comme piquer, percer, entailler, étirer, racler ou cautériser…

Un fléau mondial

Et si vous pensiez que cela ne se passe qu’en Afrique ou dans le Tiers monde, détrompez-vous ! L’UNICEF dénombre pas moins de 31 pays concernés sur trois continents, l’Asie, l’Afrique et l’Europe, dans lesquels on pratique encore et toujours des mutilations génitales sur les femmes. Parmi eux, l’Indonésie, l’Égypte ou encore l’Éthiopie – à eux trois ces pays regroupaient la moitié des victimes d’excision en 2016 –, l’Inde, le Mali, la République démocratique du Congo, le Soudan, le Yémen mais aussi, les Émirats arabes unis, l’Oman la France, l’Allemagne, l’Angleterre ou le Canada. Selon l’Unicef, en 2016 en France, 53 000 femmes auraient subie une excision. Pour l’Union européenne, le nombre est estimé à 500 000, toujours en 2016 et toujours selon le rapport de l’UNICEF. Certaines formes de mutilations sexuelles ont aussi été signalées en Amérique centrale ou du sud. Il s’agit donc bel et bien d’un fléau mondial. 

Aucun bienfait pour la santé, seulement des dangers

S’il est une chose à retenir sur les mutilations sexuelles faites aux femmes, c’est qu’elles ne présentent aucun bienfait pour la santé, seulement des dangers. Bien souvent ces mutilations entraînent des complications, des risques pour le bon développement génital des jeunes filles voire même des décès. Tous les types de mutilations sont associés à un risque important pour la santé des victimes. À ce sujet, l’OMS précise cependant ; « D’une manière générale, plus l’intervention est grande (c’est-à-dire plus la quantité de tissus endommagés est importante), plus les risques augmentent ». 

Les complications peuvent se faire ressentir sur le court ou le long terme. Les conséquences immédiates auxquelles peuvent être confrontées les victimes sont : des douleurs, des hémorragies, des infections, comme le tétanos par exemple, dû à une mauvaise cicatrisation ou à la mauvaise stérilisation du matériel utilisé, de la fièvre, des gonflements des tissus génitaux, des problèmes urinaires, des troubles mentaux suite à un état de choc ou un décès. Ces complications peuvent ensuite dégénérer au fil du temps : mictions ou infections des voies urinaires, infections vaginales en tous genres, problèmes menstruels (règles douloureuses ou problèmes d’évacuation du sang…), problèmes liés aux tissus cicatriciels ou chéloïdes (cicatrices formées par une excroissance de peau), difficultés lors des rapports sexuels, risques accrus de complications pendant l’accouchement, nécessité de réopérer ultérieurement la victime – par exemple dans le cas d’une mutilation de type III, il faudra rouvrir l’orifice vaginal pour permettre à la femme d’avoir des rapports sexuels ou d’accoucher (désinfibulation) –, des problèmes psychologiques (dépression, anxiété, stress post-traumatique…)… Cette liste, bien que déjà très longue, ne dresse qu’une énumération partielle des difficultés et dangers auxquels sont confrontées les fillettes. 

Ces risques sont d’autant plus importants qu’une récente enquête menée par l’OMS a révélé plusieurs évolutions dans les pratiques de mutilations sexuelles. « En raison peut-être de l’accent mis sur les conséquences sanitaires négatives des mutilations sexuelles féminines, on constate un accroissement spectaculaire de la proportion d’opérations effectuées par du personnel de santé qualifié ». Cette évolution aurait pour but de faire oublier les aspects relatifs aux droits de l’Homme, voire à long terme, de freiner l’élaboration de solutions pour stopper ces pratiques. Par ailleurs, on note également un abaissement de l’âge moyen de ces pratiques. « Plus la fillette est jeune, plus il est facile de la soustraire au regard de la loi ». À l’inverse, les filles ayant entre 15-19 ans sont moins soumises à ces pratiques. C’est une mince victoire. 

Le reflet d’une inégalité profonde entre les sexes

Les raisons de la perpétuation de telles pratiques sont multiples et diverses. Elles varient d’une région à une autre, et au cours du temps. Il s’agit principalement de plusieurs facteurs socio-culturels dont voici les principales raisons : 

  • Les mutilations sexuelles peuvent relever d’une norme sociale. La pression sociale force à s’y conformer de peur d’être rejetée de la communauté. Le fait de les présenter comme des traditions culturelles entraîne une très faible remise en question de ces pratiques et leur permet de perdurer. 

  • Les MGF sont considérées comme un moyen éducatif nécessaire pour permettre à la jeune fille d’évoluer vers l’âge adulte et le mariage, parfois même avec l’idée que cela va le favoriser ou le provoquer.  Pour beaucoup, les MGF sont une obligation pour pouvoir espérer se marier un jour. Or dans beaucoup de communautés pratiquant les MGF le rôle social de la femme est subordonné au nombre d’enfants qu’elle mettra au monde et à son rôle de mère.  

  • Les mutilations génitales peuvent également être motivées par des croyances relatives à un comportement sexuel jugé «approprié». Ces mutilations serviraient à garantir l’honneur et la virginité des jeunes filles, assurer la fidélité conjugale et réduire la libido féminine. En d’autres termes à asservir la sexualité de la femme à son mari. Bien que l’excision soit mentionnée dans le Coran, aucun texte religieux, qu’il s’agisse de la Torah, du Coran ou de la Bible, ne fait état d’une quelconque prescription de cette intervention. Pourtant, la religion est une des raisons les plus invoquées pour justifier ces pratiques. 

  • Les mutilations génitales sont également associées à un idéal «féminin» de «beauté» et de «propreté». L’idée de pureté ou d’hygiène est très souvent indissociable des MGF. L’idée d’un sexe lisse, fermé est associé, à tort, à la notion d’hygiène. En effet, certaines sécrétions vaginales (comme le sang ou les muqueuses lubrifiantes), bien que saines et normales, sont perçues comme «sales». On cherche donc à les limiter sinon à les empêcher, à les garder à l’intérieur, à les cacher. L’idée de garantir la virginité rejoint également l’idée de propreté.

On ne sait pas grand-chose sur l’histoire et l’apparition des MGF, mais aujourd’hui elles sont profondément ancrées culturellement. Si les procédures varient d’un pays à un autre, d’une région à une autre, et d’une communauté à une autre, elles sont souvent réalisées par des femmes, par obligation sociale. Il s’agit avant tout et surtout d’une manifestation physique de la profonde inégalité hommes/femmes qui régit nos sociétés. Les filles victimes de MGF ont plus de risques d’être mariées enfants. L’anthropologue canadienne Janice Body à ainsi dit que «les mutilations génitales achèvent la définition sociale du sexe d’un enfant en supprimant toute trace externe d’androgynie». En effet, l’ablation du clitoris, perçu comme un équivalent de la verge,  “dévirilise” l’enfant. Ainsi, le marquage sexuel traduit le marquage des rôles sociaux de chaque sexe. On enferme des fillettes, des enfants, dans un rôle, celui de femmes, d’épouses en devenir, sans leur laisser le loisir de se définir par elles-mêmes. Ce n’est pas nouveau. Déjà au XIXe siècle, en Europe et aux États Unis, les pratiques de mutilations génitales étaient monnaie courantes pour certains gynécologues pour traiter l’hystérie, l’érotomanie, le lesbianisme ou empêcher tout simplement les femmes de se masturber. Plus récemment des ONG ont dénoncé la pratique abusive d’hystérectomies sur des femmes immigrantes dans un centre de détention aux États-Unis. Mutiler l’appareil génital féminin reste dans l’imaginaire masculin le moyen le plus efficace de contrôler la sexualité féminine. De contrôler la femme socialement. 

Que la procédure soit pratiquée de manière «traditionnelle» par des femmes n’y change rien, mis à part peut-être de rendre ces pratiques encore plus vicieuses et plus compliquées à appréhender. Si les hommes ne prennent pas part activement à ces rites, ils n’en restent pas moins profondément impliqués, au travers de nos sociétés patriarcales et des idéaux qu’elles transmettent. Les mutilations génitales féminines sont le reflet d’une société profondément inégalitaire. Tant qu’elles perdureront, perdurera l’inégalité sociale. 

Le coût de l’inaction 

À  ce jour, la lutte contre les MGF s’est organisée. L’UNICEF, l’OMS et l’UNFPA en ont fait l’un des sujets central de leur engagement international. La mise en place d’organes de surveillance internationaux, de cadres juridiques révisés et la volonté politique croissante de mettre fin à ces mutilations ont permis dans la plupart de ces pays, un léger recul du nombre de femmes mutilées. L’éducation permet également de déconstruire ces croyances. En effet, le lien de causalité entre mutilations génitales et les conséquences néfastes qui y sont liées n’est pas toujours fait. Sous l’impulsion du programme Tostan, une ONG américaine, qui promeut l’éducation à la santé, 7 000 communautés réparties dans 8 pays ont décidé de ne plus pratiquer les MGF.  Le nombre d’hommes et de femmes se disant favorables à l’abandon de ces pratiques ne cesse d’augmenter. 

Des mouvements locaux contre les MGF sont également apparus depuis le début du XXe siècle. En Égypte, la médecin Nawal el Saadawi publie aux débuts des années 70, Les femmes et le sexe, un livre traitant de l’excision, de la religion et de la sexualité, des sujets alors tabous. C’est l’une des premières femmes africaines à s’être opposée ouvertement aux MGF. La lutte est reprise par les mouvements féministes africains au cours de la même décennie. Citons également Nice Nailantei Leng’été qui milite pour une cérémonie alternative de passage à l’âge adulte, dans le respect des traditions, avec une éducation à la sexualité et au droit des femmes plutôt que des mutilations. Des interventions communautaires ont été également menées par des organisations non gouvernementales locales dans 16 pays depuis 2008. En 2017, cinq adolescentes kényanes âgées de 15 à 17 ont inventé une application anti-excision. Baptisée “I Cut” elle permet de mettre en lien des jeunes filles menacées et les services de secours et d’offrir une aide médicale et légale. Le développement d’outils juridiques internationaux n’a été rendu possible que grâce à la mobilisation des pays concernés. Mais ces évolutions restent contrastées et mitigées d’un pays à l’autre.

D’autant que les mutilations sexuelles féminines coûtent chères. Les dépenses des traitements dus à des complications génitales féminines s’élevaient à environ 1,4 million de dollars américains selon l’OMS en 2017. C’est là, le coup de l’inaction. D’ici une trentaine d’années ce chiffre pourrait bien doubler. Car la lutte est loin d’être gagnée. D’ici 2030, avec la croissance démographique, plus d’une fille sur trois naîtra dans l’un des 31 pays où les mutilations sexuelles féminines sont répandues. L’UNICEF estime ainsi que 68 millions fillettes âgées de moins de 15 ans seront susceptibles d’être victimes de ces pratiques. Ce chiffre comprend des nourrissons. 

Si des efforts pour combattre ces pratiques ne sont pas faits, le nombre de victimes de mutilations génitales sera plus élevé en 2030 qu’il ne l’est aujourd’hui. 

Par Erell

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