Je suis

Je suis jeune, blanche, valide, hétéro, cis, j’ai toujours eu un toit au-dessus de ma tête, de la nourriture dans mon assiette. Je suis née libre, dans le pays des droits de l’homme, j’ai grandi dans un foyer heureux, j’ai fait des études, j’ai visité  des musées, été à des concerts, j’ai voyagé, j’ai appris, j’ai eu accès à la culture, j’ai été soutenue, aimée, mon entourage a toujours cru en moi. J’ai beaucoup de chance.

Oui mais voilà, je suis une femme.

Je suis fatiguée, effrayée, perdue, égarée, j’ai toujours fait attention à mes fréquentations, à la façon dont je m’habille, à la longueur de mes jupes, à la couleur de mes sous-vêtements, à la manière dont je parle, à ma pilosité, à ma façon de faire la fête, de boire, de manger, de me maquiller, de me coiffer, de me moucher, de pleurer. J’ai toujours marché vite le soir dans la rue dès que le soleil se couchait, trouvé des compromis, été diplomate, arrondi les angles pour ne pas que l’on dise que je suis hystérique, folle, idiote, insensée, utopiste. Je vous ai permis de m’appeler, douce, forte, attentive, à l’écoute, gentille, mignonne, jolie, intelligente, intéressante. J’ai fait en sorte de cocher toutes les cases. J’ai été alpaguée, sifflée, suivie, touchée, critiquée, bousculée, frappée. J’ai été triste, seule, faible, hargneuse, observatrice. J’ai été dégoutée de moi, culpabilisée par vous. J’ai été silencieuse.

Je suis une femme.

Je suis en colère, excédée, révoltée et peut-être même au bord de la dépression nerveuse. Encore. Le contexte actuel, la pression sociale, les réformes, la glorification des violeurs, le bâillon couvrant la voix des femmes est à vomir. Vous nous faites taire voulant rester politiquement correct, ne nous permettant pas de nous exprimer, reprenant la parole toujours plus vite, plus fort par-dessus la nôtre, voulant toujours avoir le dernier mot, nous invisibilisant encore davantage. Vous voulez nous faire croire que nous sommes libres, que nous avons gagné la lutte et qu’il est désormais temps de rentrer dans le rang pour le bien commun. Vous êtes à vomir.

Vous n’avez de cesse de nous sexualiser, de nous réduire à l’état d’objet, de cuisinière, de femme de ménage, de servante qui doit se plier à vos besoins,  pour rentrer dans le moule que vous avez conçu pour nous, en nous priant de nous taire. Nous ne sommes pas celles que vous voulez nous faire croire, nous ne vous appartenons pas. Ni moi, ni mes sœurs. Nos cris si longtemps étouffés dans un silence de mort sont nos plus beaux slogans. Nous ne nous sommes jamais tus, vous avez simplement voulu le croire.

Nous sommes des femmes.

Il est désormais temps de prendre conscience que nous ne sommes pas juste une part de la population, pas juste un corps, pas juste un autre, pas juste les mères de vos enfants. Il est temps d’arrêter de vous mentir à vous-même, de prendre vos responsabilités et de les assumer, pour vous, pour nous et pour les générations à venir. Nous avons des choses à dire, nous avons des talents et même si nous n’en avions pas nous mériterions le respect. Nous ne sommes pas ici pour vous mais pour nous, nous ne devons pas répondre à vos désirs mais aux nôtres. Il s’agit de nos vies, nos choix, nos corps, nos êtres et vos mots, vos opinions et vos bonnes pensées n’ont rien à y faire.

Nous sommes des êtres humains, nous sommes des femmes, nous sommes qui nous voulons être.

Harmony.

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