Avec la crise, pas de problème, le sexisme se porte bien

COVID 19 : quelles répercussions sur les femmes ?

Révélateur d’inégalités

Les femmes de la première ligne

Dans les hôpitaux, au domicile de personnes âgées, en EPHAD ou dans les supermarchés, la crise a mis en évidence la place importante que prennent les femmes dans ce que l’on a nommé la première ligne.  Selon l’OCDE et l’INSEE, les femmes représentent 70% du personnel soignant et des employées de commerce. Au cours du premier confinement, ces professions faisaient partie des plus exposées. Elles continuent aujourd’hui de l’être notamment dans des métiers souvent dévalorisés. Dévalorisation qui pose d’ailleurs question.  Y a t-il un lien entre l’importante proportion de femmes dans ces emplois et le fait qu’ils soient mal rémunérés ?  Dans une émission de France Culture, Marie Froideveaux explique qu’un lien peut en effet être fait. On considère souvent que les femmes auraient des appétences innées pour le soin. Ainsi, leur demander veiller au bien être d’autres individus, dans le cadre d’un travail salarié, ne serait qu’une continuité de ce qu’elles savent déjà faire et font déjà. Pourquoi alors valoriser un travail qui ne demande d’autres  compétences que celles que les femmes auraient déjà en naissant ?  

Les femmes travaillent… et cuisinent

Ces fameuses femmes de la première ligne ont continué de faire marcher le pays comme elles le faisaient auparavant mais dans la presque indifférence du reste de la population. Ces femmes ont aussi continué pour une bonne partie à prendre en charge la majeure partie des tâches ménagères. Qui croyait que la guerre des sexes était terminée ? Qui croyait que l’égalité des sexes était arrivée dans les foyers ? Le confinement a enfermé tout le monde chez soi sans toutefois signer l’égalité dans la gestion des tâches ménagères comme certains l’avaient suggéré. Dans l’émission Luttes contre le Covid 19 : les femmes en première ligne, Camille Froidevaux-Metterie explique cette situation : « Les normes genrées pèsent lourdement car ces rôles ont été intériorisés. Un autre facteur est déterminant : la pression extérieure à la conformité genrée. La société attend des femmes qu’elles soient totalement dévouées, elles n’ont guère de choix, ne serait-ce que pour s’épargner les conséquences négatives du jugement ».

Violences domestiques, droit à l’ avortement menacé, précarité de l’emploi, de lourdes conséquences pour les femmes  

La crise du Covid a aussi mis en évidence un de ces phénomènes que l’on ne veut pas voir, que d’un coup de pied bien senti l’on cache sous le tapis, les violences faites aux femmes. Ni nouvelles, ni anecdotiques, ces violences ont augmenté au cours des confinements. Comme le rapporte la revue Equinet « En France, pendant la première semaine du confinement, les autorités ont rapporté une augmentation de plus  de 30 % des cas de violences domestiques. ».

Avec le Covid 19, l’accès aux soins a été rendu plus complexe : peur d’être une surcharge et peur d’attraper le virus d’un côté, rendez-vous repoussés de l’autre. Si ces contraintes ont pesé sur tou.te.s, il y a une chose qui concerne particulièrement les femmes, c’est l’avortement. L’avortement est déjà un moment difficile. En période de confinement, au stress possible de l’opération, aux remarques déplacées de certains membres du personnel soignant ou de proches s’ajoutent le stress de sortir de chez soi, des contrôles et le caractère anxiogène de la période qui ont pu limiter les femmes concernées dans leur démarche. En outre, en cas de dépassement du délai pour avorter, certaines femmes se sont tournées vers d’autres pays. La limitation des déplacements, la fermeture des frontières et l’incertitude d’un potentiel reconfinement ont rendu encore plus difficile à mettre en place cette solution bis.

Le droit d’avorter a aussi été menacé d’une toute autre manière au cours de cette période. En Pologne, deux projets de loi ont fleuri pendant le confinement. Effet d’aubaine de la part du gouvernement polonais ? Potentiellement. Le premier vise à limiter l’avortement et l’autre à limiter l’éducation sexuelle. L’opposition à de telles mesures a été rendue complexe en raison du confinement et des interdictions de manifester. C’est d’ailleurs ce que dénonce Draginja Nadazdin, directrice d’Amnesty International Pologne : « Tenter de faire adopter ces lois rétrogrades serait honteux en toutes circonstances, mais les faire passer en hâte sous couvert de la crise du COVID-19 est indéfendable ».

Selon l’enquête Emploi 2018 de l’INSEE, on retrouve davantage de femmes dans des sous-emplois ainsi que dans des emplois à durée limitée. Or, avec la crise, les licenciements sont plus nombreux. De plus, il faut aussi prendre en compte l’importante proportion de femmes qui, exerçant un métier informel, n’auront pas accès à des indemnités de licenciement, aux congés en cas de maladie et à la sécurité d’avoir un emploi assuré dans cette période incertaine.

Les femmes seront aussi celles qui potentiellement auront le plus de difficultés à retrouver leur niveau de vie d’avant la crise. C’est en effet, ce qui avait été observé par Julia Smith, une chercheuse de l’université Simon Fraser après la crise consécutive d’Ebola.

Nous ne lâcherons rien

Mais ne parlons pas de ce que les femmes subissent sans parler de ce qui peut être fait, de ce qu’elles peuvent faire et de leurs moyens d’action.

Revalorisation des métiers à majorité féminin

Ainsi, on a observé une proportion plus importante de femmes dans les métiers du soin comme aide-soignante, infirmière, aide à domicile. Ces métiers ne sont pas reconnus à hauteur des compétences qu’ils nécessitent et l’explication peut se trouver dans le fait qu’il soit exercé par des femmes. Évidemment, je ne vous apprend rien, les femmes ne naissent pas avec le bien-être des autres en destinée. Ainsi, n’en déplaise au gouvernement, il importe de revaloriser un service de santé et celles et ceux qui le font fonctionner à la hauteur des compétences demandées et de l’importance d’un tel service pour la société.

Contre les violences

Quelques mesures existent pour essayer d’aider les femmes qui subissent les violences de leur conjoint. Le numéro 3919 (ouvert du lundi au samedi, de 9h à 19h) a été mis en place. Dans les pharmacies, la demande d’un « masque 19 » est une phrase d’alerte. Les pharmaciens sont censés appeler la police suite à cette demande. Mais un numéro et un code d’alerte ne suffisent pas. Il est nécessaire de mettre en place davantage de mesures. Il faudrait réfléchir et mettre en place, entre autres, une meilleure formation de la police, des bracelets anti-rapprochement généralisés, un système de suivi des victimes et des agresseurs (comme le système informatique espagnol VioGen) pour une meilleure protection des victimes et un vrai financement pour mettre ces mesures en place. Évidemment, il ne s’agit que de traiter les conséquences d’un sexisme qui doit être étouffé à la racine.

Plus généralement, c’est tout un système qu’il faut continuer de  remettre en question. La crise n’a pas inventé le sexisme, elle ne fait qu’en révéler ou en exacerber quelques points. Un travail en amont est nécessaire pour revoir les rapports entre les sexes. Il faut continuer de lutter pour qu’un jour la question des tâches ménagères, de l’accès à l’avortement, des violences faites aux femmes ne se pose plus.

Par Clara

© dessins : Léa Julienne @lijheart 


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