Dans l’ombre de Rosa Parks il y a … Irene Morgan, Claudette Colvin, Aurelia Browder et toutes celles qui ne se sont pas levées. 

Quand on aborde la Black History on pense de suite aux grandes figures comme Rosa Parks et Martin Luther King. Mais les grandes figures ne font pas l’histoire seules. Bien avant Rosa Parks, des femmes se sont soulevées contre les lois racistes qu’elles subissaient, ou plus exactement  elles ont refusé de se lever. 

Imaginons un tableau. Sud des États-Unis. Montgomery, Alabama. Milieu du  XXe siècle. L’esclavage est abolit depuis 1865. Pourtant en 1866 sont mises en place des lois ségrégationnistes appelées Black Codes. À partir de 1877 les lois Jim Crows instaurent officiellement la ségrégation dans les services publics, dans les lieux de rencontre et de rassemblement. 

La réalité de la situation, ce sont les mariages mixtes interdits. Des écoles pour enfants blancs et pour enfants noirs séparés. Des enfants noirs qui n’ont pas le droit aux transports scolaires et qui doivent se rendre à l’école à pied. Des menaces constantes du Klu Klux Klan (une organisation secrète de suprémacistes blancs) qui va jusqu’à brûler des lieux de rassemblement noirs. Des fontaines publiques qui sont réservées aux blancs. Des restaurants interdits aux noirs. Des infirmières blanches qui peuvent refuser de soigner les personnes noires. Des sections différenciées dans les bus. Et lorsqu’ils n’y a plus de place pour les blancs, les noirs doivent soit reculer, soit descendre. Ils n’ont pas non plus le droit de traverser les sections blanches pour monter dans le bus et doivent faire le tour par l’arrière, si bien que parfois les chauffeurs s’amusent à partir sans eux…

En 1944, Irene Morgan prend un bus en direction de Baltimore pour se rendre chez un médecin. Elle est souffrante. Elle s’assoit, comme à son habitude, dans la section arrière du bus réservée aux noirs. Rapidement le chauffeur lui ordonne de laisser sa place à un couple de blancs qui vient de monter. Elle refuse, 11 ans avant que Rosa Parks ne le fasse à Montgomery. 

Le 2 mars 1955, Claudette Colvin monte dans un bus de la ville de Montgomery pour rentrer de l’école avec ses copines. Elle est alors âgée de 15 ans. Même scénario ; alors qu’elle devrait laisser sa place selon le chauffeur, elle refuse et est interpellée de suite par la police. Elle clame haut et fort le non-respect de ses droits constitutionnels, qu’elle vient d’étudier à l’école. C’est la NAACP « National Association for the Advancement of Colored People », qui prend en charge sa défense en espérant pouvoir amener l’affaire jusqu’à la Cour Suprême et, de cette manière, faire abolir les lois ségrégationnistes. Mais l’organisation laisse rapidement tomber l’affaire à cause de la mauvaise image médiatique que renvoie Claudette, trop jeune, trop imprévisible, et trop noire… Malgré le témoignage de son amie en sa faveur Claudette est donc condamnée pour « violation des lois sur la ségrégation et agression ». 

En avril 1955, Aurelia Browder, 37 ans, est arrêtée pour s’être assise dans la section du bus réservée aux blancs. En octobre 1955, Marie Louise Smith, âgée de 18 ans, et Susie McDonald une femme de 77 ans, refusent toutes les deux de céder leurs place et sont arrêtées également. Jeanetta Reese, une femme de 64, a certainement eu le même geste, mais l’Histoire ne retiendra pas son nom. Comme pour beaucoup d’autres qui avant 1955 se sont battues et ont protesté, mais que l’Histoire ne retiendra pas. 

Le 1 décembre 1955, Rosa Parks décide à son tour de ne pas obéir au chauffeur qui lui demande d’aller s’asseoir au fond du bus. Son action n’était pas préméditée, elle n’est pas montée dans le bus en sachant ce qui allait se passer. Mais Parks est militante depuis maintenant des années. Elle a suivi les affaires récentes, notamment celle de Claudette Colvin, de très près. Son geste n’est donc ni précurseur, ni inconscient. Elle est directement conduite en prison d’où elle prend contact avec son avocat. L’affaire médiatisable qu’attendait la NAACP pour aller devant la Cour Suprême est enfin là. 

En réaction à l’arrestation de Rosa Parks, la fervente militante Jo Ann Gibson Robinson lance le Montgomery bus boycott. Elle et de nombreuses femmes se chargent de distribuer des tracts. Elle organise également un réseau de taxis qui permet au boycott de durer 381 jours et d’avoir un retentissement international. Ce mouvement, grâce à son ampleur, permet enfin de faire bouger les choses. Claudette Colvin, Aurelia Browder, Susie McDonald, Mary Louise Smith et Jeanetta Reese intentent un procès qui rend officiellement « inconstitutionnelle » la ségrégation raciale dans les bus en 1956. 

Cette victoire, ce n’est pas celle d’un seul homme, ni d’une seule femme, ni d’un seul procès. Ce n’est pas non plus uniquement celle des quelques femmes citées dans cet article. Cette histoire est le résultat d’une mobilisation générale et d’un long processus de contestation. Mais c’est surtout une histoire de femmes qui ont été effacées de l’Histoire lorsque leurs actions ont été jugées obsolètes et qu’elles ont été récupérées par des hommes.  

Bien avant 1955 des femmes se sont battues pour obtenir des droits. Et une fois ces droits obtenus, elles ont dû continuer de se battre pour les faire valoir et les conserver. 

Par Léa 

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