Monique Wittig : Tranches de vie d’une écrivaine et d’une militante féministe lesbienne

Monique Wittig est connue pour avoir été tout à la fois romancière, philosophe, militante féministe et théoricienne du lesbianisme révolutionnaire. Luttant dans ses romans contre le genre grammatical, théoricienne du féminisme lesbien dans la Pensée straight et militante du MLF (Mouvement de libération des femmes), Monique Wittig a posé des questions et mené des combats qui sont toujours d’actualité aujourd’hui. 

« Elles disent que c’est un monde nouveau qui commence »

De sa participation à la littérature de fiction, on peut retenir Brouillon pour un dictionnaire des amantes, Virgile, non, Paris-la-politique et autres histoires et Le Corps lesbien et s’attarder notamment sur l’Opoponax et Les Guérillères

Son premier roman, l’Opoponax, est publié en 1964. Ce roman, récompensé par le prix Médicis, suit via des « tranches de vie » l’évolution vers l’âge adulte d’une petite fille, Catherine Legrand. L’Opoponax offre l’occasion de revenir sur le monde de l’enfance. La particularité de ce roman tient à son utilisation quasi exclusive du pronom « on » qui refuse la « marque du genre ». 

En 1969, elle publie un autre roman, Les Guérillères. On y suit l’histoire d’un groupe composé exclusivement de femmes, on en découvre les rites et les usages. Ce livre propose un dépassement des catégories de genre grammaticales. Ce que souhaite Monique Wittig c’est, là encore, déconstruire la grammaire commune qui utilise le masculin pour signifier l’universalité. Le roman est composé de trois parties. Les deux premières parties utilisent pour la narration un « elles » qui n’est pas mise en parallèle avec un pronom masculin. Dans la mesure où seul le « elles » est présent, il peut être perçu comme universel. Le féminin se soustrait au masculin pour, à lui seul, signifier l’universalité. Ce masculin dépourvu, en un sens, de son universalité n’apparaît que dans la dernière partie au moment d’une guerre qui opposent aux « elles », les « ils ». Les femmes combattent et gagnent. Suite à cette victoire, elles font le choix de ne pas créer un monde dominé par les femmes comme il y a eu un monde dominé par les hommes. 

Monique Wittig est aussi l’autrice de la Pensée straight. Dans ce recueil d’articles, elle y présente l’hétérosexualité comme un système politique. Ce système politique est celui de la répartition binaire des individus en catégorie de sexes (femmes et hommes) à partir de critères biologiques. De cette catégorisation bipartite découle des constructions sociales qui associent à ces catégories des caractéristiques, des rôles dans la société, une orientation sexuelle…etc. De plus, cette division est associée à une hiérarchisation plaçant le masculin au-dessus du féminin. Cette construction sociale a pour conséquence l’oppression des femmes mais aussi l’invisibilisation d’autres sexualités (non reproductrice, homosexuelle…).

Plus qu’un réaménagement de cette organisation binaire, Monique Wittig propose sa suppression. Elle propose aussi de déconstruire le mythe de la-femme porté par ce système politique, une femme qui doit être douce, soignée… blablabla on connaît. 

De la conférence dont est issu ce livre, on peut aussi retenir la phrase conclusive « Les lesbiennes ne sont pas des femmes ». Ce qu’il faut comprendre de cette phrase c’est que, selon Monique Wittig, les lesbiennes ne sont pas concernées par le système de domination des hommes sur les femmes, système construit sur la base de l’hétérosexualité.

« Ensemble on nous opprime, les femmes / ensemble révoltons- nous »

Monique Wittig prend part aux mouvements de Mai 68. Elle est à l’origine de plusieurs groupes militants. C’est au sein de ces groupes que celle-ci milite, réfléchit et rédige des écrits féministes. 

Les réunions en non-mixité qu’elle organise avec Antoinette Fouque amènent à  la création des Petites Marguerite, un groupe de femmes maoïstes, révolutionnaires et altermondialistes. Ce groupe est créé en réaction au constat que les hommes accaparent le pouvoir au sein des luttes qui ont lieu à l’époque. 

En 1970, plusieurs groupes féministes, dont les Petites Marguerites déposent une gerbe à la mémoire de la femme du soldat inconnu « Il y a encore plus inconnue que le soldat inconnu, sa femme ». Cet acte est considéré comme le moment fondateur du MLF. La même année, Monique Wittig rédige pour le mensuel L’idiot international « Pour un mouvement de libération des femmes » qui va devenir le manifeste du MLF. 

Durant cette même période, elle participe à la fondation des Féministes révolutionnaires qui devient en 1971, Les Gouines rouges, un groupe de féministes lesbiennes qui considéraient que leur vécu de lesbiennes n’était pas suffisamment reconnu dans les autres groupes militants. 

En 1971, elle signe le célèbre « Manifeste des 343 » publié dans le Nouvel Obs. 

Quatre ans avant la dépénalisation de l’avortement et son encadrement légal, 343 femmes signent un manifeste dans lequel elles affirment avoir déjà avorté, acte à l’époque passible de poursuites judiciaires.

En 1976, marginalisée au sein du MLF, elle part s’installer aux États-Unis. Elle explique que cette marginalisation est due à son identité lesbienne. Les autres membres du MLF ne l’ont pas laissé exprimer et revendiquer son lesbianisme comme elle le souhaitait. Aux États-Unis, Monique Wittig se fait appeler Théo, comme on peut le lire dans l’article lui étant consacré dans Dictionnaire des féministes: France, XVIIIe-XXIe siècle. Elle poursuit ses réflexions sur le féminisme et le lesbianisme en écrivant notamment la Pensée Straight et en publiant des articles dans Questions féministes et sa version anglophone Feminist Issues. Elle opère un retour aux œuvres de fictions avec notamment The Constant Journey (Le Voyage sans fin) et Virgile, non. Elle enseigne à l’université en tant que professeure invitée puis en tant que professeure de français et d’études de genre après l’obtention de son doctorat. 

Monique Wittig décède en janvier 2003 à Tancon. Ses écrits et son militantisme ont apporté une petite pierre à l’édifice de l’égalité. Ses écrits ont pausé des questions sur la place des femmes, sur les moyens de luttes et sur l’homosexualité. Sa participation aux mouvements féministes et lesbiens, à côté de tant d’autres, a permis de faire avancer la cause des femmes. 

Par Clara

Les commentaires sont fermés.

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :