Lettre ouverte : Réflexion féministe autour du ballon rond

Depuis que je suis petite j’ai eu de nombreuses occasions pour jouer au foot : à l’école, avec mes cousins etc. Pourtant, je ne l’ai jamais fait. Je me suis toujours sentie exclue de ce sport réservé aux hommes. À partir d’un certain âge, la question ne se posait même plus. Les garçons savaient jouer car ils pratiquaient souvent ce sport, à l’école, en club, et entre copains. Le fossé entre eux et moi était trop grand, et je n’avais pas envie de paraître ridicule.

C’est du haut de mes 22 ans que je me suis retrouvée pour la première fois sur un terrain de foot, entourée de garçons. Ce sont mes amis qui ont proposé l’idée. Ils ont l’habitude de se retrouver deux fois par semaine pour jouer au foot, et un jour ils ont proposé que je vienne avec eux. Quand j’y réfléchis c’est marrant parce que je savais qu’ils faisaient du foot toutes les semaines, mais je ne m’étais jamais imaginé y aller. J’ai attendu que des hommes m’invitent à venir. Alors bien sûr, ce sont mes amis, je n’avais pas besoin d’une invitation ou d’un laissez-passer pour jouer avec eux. Ils s’intéressent aux questions de genre et de la lutte féministe, donc ils sont très contents que des filles viennent jouer au foot avec eux. Mais moi personnellement, j’ai attendu qu’on m’invite, qu’on me pousse à « entrer » dans ce milieu si masculin.

Je me souviens que j’étais très stressée la première fois, j’ai hésité jusqu’au dernier moment à annuler. J’ai dit oui à la seule condition qu’un des mes potes, qui ne joue jamais au foot, vienne avec moi. On était comme deux con.ne.s. On a mis une bonne demi-heure avant de rentrer sur le terrain. On s’est posé, on regardait les gars jouer, on essayait de décompresser un peu. D’ailleurs, j’essaye toujours de venir avec un ami proche et pas très doué au foot, ça me rassure. Ça me rassure parce que je me dis que je ne suis pas la seule à être moins bonne que les autres. Le fait d’être un boulet pour l’équipe c’est vraiment la chose qui m’angoissait le plus et qui m’angoisse encore . La différence de niveau entre eux et moi est claire, et même s’ils viennent jouer pour le « plaisir » et qu’ils me rabâchent qu’ils s’en fichent de mon niveau, moi ça me gêne. J’ai l’impression d’être nulle. Il y a aussi cette gêne de faire du sport devant des gars. On demande aux femmes d’être toujours belles, souriantes, et même si ce sont mes copains, j’ai eu du mal à me sentir à l’aise avec eux dans un contexte sportif.

Finalement, après plusieurs après-midi passés sur le terrain, mon bilan est mitigé. J’ai aimé partager ces moments avec mes amis. Ils ont été gentils et rassurants à mon égard, et c’était l’occasion de se voir dans un contexte différent. Je suis contente car depuis il y a d’autres filles qui viennent jouer de temps en temps. D’un point de vue sportif, physique, c’est une bonne expérience. Après une après-midi à jouer au foot, je me sens bien, je suis fière de moi quand j’arrive à faire des passes. Ça fait du bien de faire du sport. Je l’ai fait et je le referai parce que je trouve ça important de s’intégrer, de s’imposer dans un milieu masculin. Mais la satisfaction de faire du sport et de s’imposer dans un milieu masculin n’efface pas la sensation d’infériorité et les remarques sexistes que je prends parfois. Parce que même après avoir joué plusieurs fois au foot, je me sens toujours aussi nulle. C’est  désagréable d’avoir la sensation et la conviction d’être moins bonne que les autres. Ensuite, les remarques sexistes venant de certaines personnes me ramènent constamment à ma condition de femme et parfois je n’ai juste pas envie de subir ça. Les remarques ou situations sexistes, voulues ou pas, j’en ai subi plusieurs. Quand t’es la seule meuf, t’es seule face à ça. Parce que les copains ne s’en rendent pas compte, ou parce qu’ils n’interviennent juste pas. Et quand bien même ils essaient de t’intégrer au maximum, t’es toujours plus à l’écart, parce que t’es une meuf. Malgré tout, je suis contente et fière de moi, je vais continuer à jouer au foot de temps en temps, pour moi et pour toutes les filles qui n’osent pas.

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